20 juin 2008

Exclu(e)/admis(e).

Sdf_2Je vous présente aujourd'hui des petits dessins au crayon à papier (voir album photo 2008) qui annoncent une série de peinture -mûrie progressivement- mettant en scène des personnes vulnérables autour de 3 idées motrices: le recyclage humain (corps inerte, nature morte, déchet), la dislocation par l'incommunicabilité (cellule familliale rongée, solitude) et la fragmentation du corps social (précarisation).
Dans l'Idiot de Dostoïevsky, le personnage vulnérable reçoit tout, il est en mal de contact, toujours à chercher maniaquement le contact, toujours au bord du débordement, ce qui provoque une sensation encombrante.
Ce type de personnage générique m'intéresse car il est à la fois exclu du cadre de la société et admis dans celui du tableau.   

15 mai 2008

Flexibilité du corps.

Gilles_barbierJe vous invite à découvrir le nouvel espace d'exposition de Claude Berry rue Rambuteau inaugurée par Gilles Barbier et sa Méga-maquette élaborée depuis des années et qui occupe tout l'espace d'exposition. Cette pièce composite et polymorphe nous fait pénétrer l'univers d'un artiste qui clone, recopie, fragmente, réplique, extrapole, miniaturise, se multiplie et se répand.
Je préfère laisser la parole à l'artiste qui a été interviewé par Paris-Art, en voici un extrait :

"Je suis intéressé par le corps car j’aime sa fragilité, je suis touché par son émiettement, par la violence qu’il endure et j’essaie de travailler cette violence par un rapport du dedans au dehors, une fuite vers l’extériorité. Je travaille souvent en récupérant simplement ce que je vois, j’ai le sentiment de voir le corps de plus en plus comme un lieu de transit très complexe, à la fois pour ce qui le traverse comme fluide et éléments nutritifs, mais aussi par l’entertainment, et par cette relation de locataire-propriétaire de lui-même.(...) Il y a trois niveaux de propriété de soi qui me semblent être aujourd’hui véritablement en crise. Cela ne me pose pas de problème en soi; je préfère ça à la notion de sujet, de moi unitaire. On serait peut-être plus proche de la flexibilité que nous propose le langage par rapport au corps aujourd’hui, la réflexion consumériste des sociétés occidentales.(...) Le corps est vraiment devenu un langage, d’ailleurs il est totalement en phase de décryptage aussi bien au niveau de ses désirs, que de son instruction génétique. A tous les niveaux, le corps s’est ouvert, dans un processus historique avec la chirurgie, avec la psychanalyse, et il délivre du contenu. Je ne fais que constater cette chose-là, cette parcellisation, cette ventilation du corps, et j’essaie de la rendre effective à travers les différents mannequins qui sont des postures à travers cet univers qui me semble de plus en plus émulsionné, poreux. Ce n’est pas quelque chose que je combats du tout. Je montre et j’interprète, je mets les choses en image. Je parle du corps et de l’air, du corps et ses organes. Je vois le corps comme traversé. J’appelle ça l’esthétique du viol; le viol des replis les plus intimes du corps est devenu quelque chose de complètement acceptable, voire parfois de totalement souhaitable. Je ne sais pas quelle éthique on peut déposer là-dessus, ce n’est pas mon problème."

29 mars 2008

Personnages vulnérables.

JouetpVoici mon dernier travail de peinture beaucoup plus "anecdotique" que les autres intitulé Sommes-nous les jouets du destin, représentant la mise en vente d'un robot avec vidéo intégrée Qui commet l'audace de défier les grands moyens de communication ?, et un CD Ravage de l'Idéologie sur une intervention critique de l'Ambassadeur d'Argentine sur le FMI. Ce travail est le prolongement d'autres plus récents que je vous ai présentés en vidéo sur le thème "L'art est-il politique ?", et annonce une série de tableaux de personnages.
Certains personnages de romans apparaissent parfois comme des archétypes tant la réalité est parfois plus caricaturale qu'on ne veut le voir. Je suis en train de lire L'Idiot de Dostoïevsky et Suite française d'Irène Némirovsky et je m'interroge sur cette incroyable galerie de personnages : sont-ils les jouets impuissants du destin, sont-ils victimes des ravages de l'idéologie, sont-ils libres ou non, peuvent-ils changer ?
Le monde de l'Idiot est une société d'où on ne rejette rien. Pas du tout une société à la française avec ses admis, ses "élus" et ses exclus.
Il y a de nombreuses résonances entre la figure de l’artiste “qui serait toujours, spirituellement à l’état de convalescent, de l‘artiste qui comme l’enfant voit tout en nouveauté” et le personnage principal de l’Idiot.
A suivre...

Vous pouvez retrouver cette peinture dans l'album photo 2008.

15 mars 2008

Le travail artistique est une "restauration".

LouisebourgeoisLa richesse et la diversité de l'oeuvre de Louise Bourgeois résultent de sa position singulière, toujours décalée: entre deux mondes, entre deux langues, entre féminin et masculin, ordre et chaos, organique et géométrique...Sa sculpture, hybride, témoigne de ce va-et-vient entre des pôles opposés, de ce dédoublement.
Je vous laisse découvrir un petit montage vidéo qui montre les deux parties de l'exposition:

La Galerie d'Art graphique propose une confrontation entre dessins et sculptures et met en perspective le thème de la femme-maison, de la maternité, de l'araignée, de la femme-couteau, de la femme-pieu, du couple. Cette partie permet de pénétrer dans le laboratoire de la création, dans les mécanismes inconscients de l'artiste.
Au 6ème étage, les différents thèmes de l'oeuvre de Louise Bourgeois reviennent de façon obsessionnelle et se concrétisent dans les oeuvres en tissu. L'artiste continue à coudre, rembourrer, emmailloter toutes sortes de figures, de petites ou de grandes dimensions, et donne forme à des couples, des étreintes, des arcs hystériques.

L'oeuvre de Louise Bourgeois est une lutte constante contre la dépression, l'angoisse, la peur de ne plus être aimée, d'être abandonnée: "Il faut abandonner son passé tous les jours, ou bien l'accepter, et si on n'y arrive pas on devient sculpteur."

10 décembre 2007

Poétique et massif.

Je voulais vous faire découvrir 2 oeuvres vues aux Abattoirs de Toulouse ce week-end.
StphanethidetL'une de Stéphane Thidet, rencontre fortuite entre une forme archaïque d’architecture (la cabane) et une forme primaire d’événement (la pluie), compose le tableau délicat d’une lente destruction à venir. L’installation se donne à voir comme un paysage poétique livré aux caprices du temps.
L'autre de Daniel Dewar et Grégory Gicquel est éminemment sculpturale et emprunte autant aux formes artisanales, aux objets manufacturés qu’aux techniques artistiques "classiques". Avec ce troupeau d’hippopotames échelle un, réalisé en kaolin, ces 2 artistes se jouent du mythe de l’originalité en art en se servant d’éléments, de techniques, ou de modèles déconsidérés.

20 octobre 2007

Tous des boiteux psychologiques ?

Soutine_2La récente Pinacothèque de Paris, place de la Madeleine, organise l'exposition de 80 toiles de Chaim  Soutine. De part sa personnalité particulière, ce peintre a souvent été assimilé à un artiste malsain, difficile, développant un art longtemps incompris et marginalisé.
Son art est impulsif, explosif, plein de détresse et de finesse. L'atmosphère y est asphyxiante et regorge de sang et de désastres, de violacées, rouges et jaunes rutilants. Il désarticule les corps, rend mobile le regard, rend frémissante la bouche, "déforme", mais au travers de ce déséquilibre, de cette "boiterie fascinante", parvient à rendre à chacun son universalité de témoin de l'espèce humaine.
Donner à voir, dit-on dans la langue française pour dire montrer, qui étymologiquement, a la même racine que monstre.
Un petit bonus vidéo de Macha Makeieff parlant du Groom de Soutine...


15 septembre 2007

Des flux et des rêves.

Philippe Lemoine vient de publier La Nouvelle Origine (éditions Nouveaux Débats publics).
Agitateur d’idées, il est entre autre président du Forum d’action modernités.
Le titre de son ouvrage est tiré d’un propos de Heidegger, cité lors d’un Forum modernité par Edgar Morin. Heidegger disait : "Il faut arrêter de penser que l’origine est derrière nous. Elle est devant nous, et c’est à nous de la construire."

Interrogé par un journaliste de Libération, Philippe Lemoine insiste sur le rôle des artistes: "Les questions majeures ne sont pas celles du partage et de la consommation, mais celles de l’échange et de la création(...)Je suis parti de l’idée que l’on pourrait généraliser l’accès au beau, aux œuvres de l’esprit. Que chacun puisse participer à l’idée de création. Il existe aujourd’hui une volonté très forte de développement personnel. Peut-on la concevoir à l’échelle de la planète ? Pour des milliards d’êtres humains ? Cette idée d’un droit à la création pour tous peut heurter. Un véritable combat s’est ouvert, qui explique le malentendu autour du copyright, des droits d’auteur. Les forces d’argent essayent d’agréger autour d’elles les artistes en prétendant que l’on veut les empêcher de vivre, d’être rémunérés. Ce qui est aux antipodes de la volonté des internautes. Au contraire, les artistes ont probablement tout à gagner d’une certaine désintermédiation(...) regardez Dailymotion ou YouTube ! C’est comme cela que s’élaborent les milliers de vidéos qui arrivent chaque jour sur ces sites. Or, les majors veulent supprimer le droit de citation audiovisuelle. C’est Hollywood contre la génération numérique. Alors que la création doit se faire à partir d’un accès universel ! Or, plus on restreint les droits et plus on laisse une technologie en jachère, plus on les confisque, et plus on va vers la violence. Cela montre bien que dans le domaine des technologies de l’information, de l’art, il y a un besoin très large de redistribution des cartes."

Je vous propose également d'écouter l'extrait d'un de ces débats sur l'art et la création.

Vous pouvez en savoir plus en visitant le site http://www.lanouvelleorigine.com ou en vous inscrivant à ces fameux forums qui reprennent le 15 octobre au théâtre du Rond-Point.

21 juillet 2007

Le visiteur est saisi dès l'entrée...

Des fragments de corps humain en skaï rembourré, emprisonnés dans de grands filets noirs, semblent tomber en chute libre où les accueille un amas de traversins. Entourée d’un ring, cette masse au sol est parcourue par un petit personnage de bois allongé paresseusement sur un polochon: Pinocchio, dont le rêve de devenir un être humain semble s’incarner sous nos yeux.
Cette installation fait suite au travail élaboré dans les années 2001-2002 où Annette Messager introduit le mouvement: ainsi avec articulés-désarticulés, des pantins-automates en tissu s’agitent au dessus de formes inertes, telles des épaves, qui semblent renvoyer à une catastrophe. Le mouvement est encore exploré avec Casino, oeuvre conçue autour du thème de Pinocchio pour le Pavillon français de la Biennale de Venise de 2005, rendu ainsi méconnaissable. L’installation centrale, qui constitue le coeur de l’exposition du Centre Pompidou, utilise une soufflerie pour faire se mouvoir, telle une vague, un immense voile rouge, beau et inquiétant. La question du souffle est à nouveau explorée dans une œuvre récente, Gonflés-Dégonflés (2006), jungle d’organes, de peau, de fluides, qui «respirent» en un mouvement ondulatoire, dans une imbrication du dedans et du dehors, sorte de parodie grotesque très sexuelle qui nous renvoie à nous-mêmes.
Inlassable questionneuse de la condition humaine et de l’identité, elle décortique le corps, le tronçonne, le dissèque, dénude son réseau sanguin, étale sa machinerie interne et exibe les organes.

C'est magnifique et vous avez jusqu'au 17 septembre 2007 pour découvrir Les messagers d'Annette Messager au Centre Pompidou.

15 juillet 2007

Détente studieuse.

Mille excuses pour cette absence prolongée, j'étais momentanément captivée par d'autres occupations...retour en force donc avec la présentation de deux expositions " toulousaines ".
La première aux Abattoirs, centre d'art contemporain de Toulouse, et la seconde au château de Taurines. Trois artistes ont retenu mon attention. Herubel
Nicolas Herubel et sa grande installation " Même pas mal " qui investit la nef des Abattoirs. Le travail de cet artiste ressemble à une poésie concrète où les objets hétéroclites qu'il rassemble témoignent dans leur mise en scène d'une aspiration à l'élévation, entre euphorie de l'envol et risque de l'épreuve, symbolisée par le mythe d'Icare.Sorin
Pierrick Sorin, artiste vidéaste, a su créer un univers profondément personnel et humain en développant ses " Théâtres optiques " dans lesquels il joue avec son personnage des saynètes cocasses et burlesques, projetant un regard caustique et poétique sur les travers de notre société. Ces expériences diverses sont traversées par des thèmes récurrents. En particulier l'enfermement insoluble dans des problèmes existentiels et le repli sur soi qui conduit jusqu'au dédoublement de la personnalité.
Nicolas Primat s'inspire des thèses du primatologue Franz de Waal, qui dans son dernier ouvrage " Le singe est en nous ", affirme que nous ne descendons pas du singe mais que nous sommes et restons bien des singes. Il précise par exemple que nous partageons en pire l'agressivité du chimpanzé et en bien meilleur l'altruisme du bonobo. Je vous laisse découvrir un court extrait de l'oeuvre Demo bonobo, vidéo mettant en scène un homme et une femme, affublés respectivement d'un sexe gonflable surdimensionné, et ré-interprétant une parade amoureuse.

Alors, si vous êtes de passage à Toulouse et dans ses environs, suivez le guide...

17 mai 2007

" Savoureux de toi ".

Mayaux2_2J'ai découvert aujourd'hui avec enthousiasme une exposition originale et intéressante "A mort l'infini" à l'Espace 315 du Centre Pompidou. Lauréat du Prix Marcel Duchamp, Philippe Mayaux fabrique des images, des sculptures et des machines à voir apparemment séduisantes mais toutes aussi menaçantes, se prêtant au jeu des trucages. Son approche de l'art, qui semblerait immédiate étant donné l'impact visuel de ses tableaux aux couleurs souvent criardes, puisant dans la mécanique sexuelle, est un éloge du motif pictural,  entre Duchamp et Picabia. Ses peintures peuvent faire penser à Magritte, par le jeu des associations énigmatiques  qui sont mises en scène. Car il s’agit beaucoup de peinture, de sa persistance actuelle, de sa force critique, de son économie conceptuelle, enfin de la manière directe dont elle établit encore une relation artistique avec le monde.
Dans un texte récent du Journal des arts intitulé "Elle bouge encore. Pourquoi n’en finit-on jamais avec la peinture?", l'artiste souligne la spécificité de la peinture, la distance que l’on peut prendre avec elle aujourd’hui, et l’autonomie qu’elle procure. Alors que Duchamp se demandait si un tableau non peint n’était pas déjà un ready-made, Mayaux, qui constate qu’une peinture est un objet très reconnaissable,Mayaux3  se demande à son tour si la peinture ne serait pas une sorte de "ready-art" car, commente-t-il, "quand on fait de la peinture, on est déjà dans l’art, on n’a rien à justifier".
Tout chez Philippe Mayaux traduit une obsession. Tout est décor kitsch et souvent indécent, grotesque, poétique et trivial, mystérieux et de mauvais goût, joli et inquiétant. Il dit à ce propos: "Je travaille sur le mauvais goût pour exprimer mon indisciplinée liberté quant à ce qui doit être beau. La seule fonction de l'oeuvre est d'être vue, pas de plaire. La modernité a inventé une sorte de beauté poétique. C'est dans la beauté déviante, frêle et malade, que l'on trouve aujourd'hui la plus belle poésie."

Vous pouvez voir cette exposition jusqu'au 13 août 2007.

Mon fil video...

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