16 mars 2007

Avec Angel, il faut aimer la guimauve en plus de la soupe.

Guimauve_3Déception sans passion, c'est dire comme je regrette d'avoir été voir Angel de François Ozon sans le moindre intérêt à la fois dans la forme et dans le fond. Il est pourtant bien question de cela lorsqu'on porte son regard sur une oeuvre d'art. L'Humanité écrit " ceux qui sentiront là de la naphtaline n'auront pas compris que réaliser, c'est encore et toujours interroger la forme ": au-delà  de cette manière ringarde de donner des leçons, c'est étrange ! et le fond alors ? Les deux sont pourtant intimement liés...Un tableau dont on dirait cette phrase serait taxé de décoratif, je vous laisse en déduire ce qui s'impose. Le Parisien ose même une comparaison avec Autant en emporte le vent; l'héroïne de ce dernier film était d'une fermeté implaccable là où Angel est d'une mièvrerie agaçante. Démonstration tarte à la crème, vérité d'évidence, ni empathie, ni rejet vis-à-vis d'Angel, juste une distance indifférente et trop d'assurance dans la mise en scène qui survole sans jamais creuser l'essentiel. Harlequin au cinéma, même l'argument du second degré ne tient pas. On sort encore plus vide, affamé, souffrant toujours plus d'un déficit d'émotions et d'authenticité, réalité tronquée d'un film creux tourné en sur régime. Angel, monstre avalé par la voracité de son fantasme autiste, aurait mérité en premier lieu le traitement aiguisé du fond au détriment d'une forme mièvre.

2H14 à éviter pour ne pas gaspiller son temps.

02 mars 2007

" Le plaisir d'être idiots ensemble ".

Le compte rendu de la cérémonie des César aura au moins eu le mérite de me faire connaître le film absolument magnifique de Pacale Ferran, Lady Chatterley. Je laisse donc la parole à la réalisatrice car devant une oeuvre aussi accomplie, mieux vaut se taire, regarder et tout absorber. J'ai tiré 3 citations d'une interview qui résument bien la thématique du film:
" De l'amour comme possibilité d'accès à une vérité intime. Comment, à partir de l'attraction de Harveykeiteldeux corps que tout oppose, un processus peut se mettre en place. Et comment ce processus d'amour ne fait qu'un avec l'apprentissage d'une langue commune, l'invention d'une forme de confiance, l'acceptation d'un abandon à l'autre ". La création d’une intimité ne peut se faire qu’en dehors de la société car le désir est ici une force de renversement qui réunit deux êtres diamétralement opposés. On ne peut s'empêcher de penser également à La leçon de piano de Jane Campion mettant en scène respectivement des femmes de conditions supérieures accédant au désir face à un corps archaïque, terrien qui raconte un rapport premier à la matière.
Lady_chatterley" Enfin, davantage encore que dans la dernière version, est littéralement envahi par la végétation. Et le règne végétal n'intervient pas seulement ici comme métaphore de l'élan vital qui fait se rejoindre les deux protagonistes, mais il les accompagne sans cesse dans leur transformation. C'est cela pour moi la grande beauté de Lady Chatterley et l'homme des bois: le récit d'un amour qui ne fait qu'un avec l'expérience concrète de la transformation ".
Pascale Ferran parle de la scène au cours de laquelle les deux amants décorent leurs corps de fleurs : "Moi, quand je la lis, je la trouve sublime. Je pourrais me damner pour la filmer. Des corps et des fleurs. J'ai l'impression que l'intégralité de mes enjeux intimes d'adapter le livre sont réunis là (...) Il y a la situation d'abord : comment, à un moment précis, former un couple, c'est aussi le plaisir d'être idiots ensemble. Et puis il y a la question de l'inversion entre le fond et la figure. La façon dont les corps des personnages deviennent le paysage et les fleurs, la figure. C'est aussi le moment où Constance, après avoir abandonné la passivité sur le terrain sexuel, accepte de nouveau, mais de façon active cette fois-ci, d'être passive entre les mains de Parkin. Jusque-là, on peut parfois avoir l'impression que c'est elle qui invente l'homme de ses désirs et, à ce moment-là précis, c'est lui qui l'invente elle. En la modelant. Comme une sculpture ou un tableau. Voilà, c'est deux corps, une caméra, quelques fleurs, et la cristallisation de tout un film."

Chef d'oeuvre à consommer sans modération.

23 février 2007

Femmes entre empathie et dévoration.

Sale temps pour les femmes au cinéma cette semaine.
NuepropritHuit clos familial dans Nue propriété de Joachim Lafosse avec Isabelle Huppert et les frères Régnier, huit clos paranoïaque dans Bug de William Friedkin avec Ashley Judd et Michael Shannon.
Deux femmes entre empathie et dévoration, à la lisière d'elles-mêmes.
D'un côté une mère emprisonnée par ses fils et par de longs plans fixes du salon et des repas où le drame se construit de façon lancinante dans ces interstices. De l'autre une jeune femme et un vétéran de la guerre du golfe, deux solitudes associées dans la chambre d'un hôtel miteux qui vont basculer progressivement Bug dans la folie.
Empathie, vocation proprement féminine ou dévoration, relation fusionnelle jusqu'à la destruction des identités ?
" Les deux frères n'arrêtent pas de manger et la mère n'arrête pas de les nourrir. C'est une image significative de ce qui se passe au sein de cette famille: ils se dévorent " dit le réalisateur Lafosse. Le huit clos de Friedkin est orchestré avec une barbarie psychologique remarquable, tout se passe dans le cerveau des personnages où la folie de l'un va trouver une légitimité dans le regard de l'autre.
CalamityjaneSouhaitons donc un peu de répit à toutes ces femmes en célébrant Lettres à ma fille de Calamity Jane, cette édition ayant été enrichie et préparée par Gregory Monro, jeune réalisateur parisien. Une exposition sur " Les légendes de l’Ouest " se tiend également au Musée des Lettres et des Manuscrits jusqu'au 29 avril. Calamity Jane née Martha Canary vers 1853, orpheline très tôt, livrée à elle-même à 12 ans, alcoolique à 15 mais mère sensible et aimante, et finalement...première femme libre des Etats-Unis !

08 février 2007

L'empire de l'intérieur, fragments lynchiens.

Le dernier film de David Lynch Inland Empire vient de sortir au cinéma. Inland empire est un quartier de Los Angeles limitrophe au désert. " L'empire de l'intérieur ", métaphore du laboratoire du cinéaste Rabbits   qui permet de mettre côte à côte des univers inconciliables et de passer de l'un à l'autre. Il exploite entre autre la série Rabbits, parodie glaçante de sitcom, pour en faire un huit clos étouffant interdisant le hors champ que dévoile Inland Empire. Film à facettes qui jongle avec l'interdit, la transgression, la défiguration pour atteindre le seuil de la beauté. Entreprise sensorielle et cérébrale.
Lynch est très conscient qu'internet est la nouvelle plateforme d'échange et d'idées. Il a donc décidé d'utiliser une petite caméra vidéo et d'exploiter l'image numérique. Une grosse caméra ne lui permet pas d'obtenir la proximité tant convoitée car c'est trop lourd et trop lent. Il cherche sans doute la proximité du pinceau comme s'il pouvait arriver à filmer avec ses mains, avec ses doigts, avec tout son corps. Filmer comme on peint.
Voici l'émission Metropolis sur Arte consacrée à Lynch pour la sortie de son film.

La Galerie du Jour d'Agnès b nous propose une exposition de photogrammes tirés du film de David Lynch du 10 février au 3 mars 2007 en attendant celle de la Fondation Cartier intitulée The Air is on Fire qui présente les dessins, peintures et sculptures du cinéaste à partir du 3 mars 2007.

24 octobre 2006

Bruno Dumont, frère siamois.

A la suite de la sortie de son film Flandres, Bruno Dumont a donné plusieurs interviews et je découvre que le public auquel il s'adresse pourrait être le mien tant ses propos évoquent mon travail. Je vous en livre ici l'essentiel:

" (...) il y a aussi la puissance de l'amour, le gras de la terre, le silence des visages. Des sons et des images faciles à soutenir. Notre nature est ainsi faite: nous sommes mêlés, d'eau et de feu, du tumulte de nos désirs, joie et peine. Nous progressons, créons, par association et contradiction. Alors oui, il faut que l'homme se façonne, non à partir de quelconques préceptes, mais à partir de son propre éveil à la nature, matière première faite de contraires(...) J'ai a priori de l'estime pour le spectateur, donc pas envie de l'épargner. C'est plus bénéfique que d'assister à quelque chose d'idéal, de déjà moralisé et pensé. La catharsis, cela ne date pas d'aujourd'hui(...( La grandeur des hommes y cotoie leur misère(...) Le récit cinématographique qui m'intéresse est d'essence mythique. Il explore les fonds et les commencements de la condition humaine. On ne peut penser la civilisation et la culture qu'à partir de l'état de nature et du fond primitif de l'homme, comme l'ont fait Rousseau ou Hobbes. La sauvagerie de l'homme ne m'intéresse pas en soi mais il faut bien l'interroger(...) Le cinéma me sert aussi à retrouver les sensations de la pensée. Pas les idées qui en découlent. Pourtant, les concepts, je les connais, j'ai enseigné la philo. Mais ils me rendent malheureux, car je les trouve figés, prétentieux. La nature humaine est plus malléable. Plue floue(...) Ce qui m'intéresse, c'est de rentrer dans l'intime. J'essaie en fait de happer ce quelque chose qui m'échappe. On pourrait appeler cela du réalisme mystique, au sens où je cherche cette réalité profonde qui nous relie les uns aux autres. Quelle réalité ? Alors là...Ce que je tourne me dépasse. Je sens des émotions et j'espère que le public aussi(...) J'essaie de faire un cinéma qui donne une expérience de la matière dont nous sommes faits. Mon cinéma n'est ni politique ni moral ni esthétique, je veux, par la mise en scène et l'agencement des plans, retourner dans la brutalité des choses et des gens. J'essaie d'éliminer la pensée et d'aller vers la matière, le minéral, l'animal, quelque chose de mystérieux, lié aux instincts. Il faut que le film touche à quelque chose qui me dépasse. C'est pourquoi toutes les questions liées au sens du film m'échappent. Le cinéma n'est pas un moyen d'expression, je ne fais pas Flandres pour transmettre un message(...) le cinéma se situe d'abord du côté de l'hypnose et de la sidération. Je sais que c'est en filmant la réalité sommaire et banale qu'on peut passer de l'autre côté et toucher le fond(...) Je crois qu'il faut tuer les intentions et les prétentions(...) Entre les tournages, je lis beaucoup de livres de peintres, des réflexions sur l'image fixe, qui interroge le motif, le sujet mais au moment d'écrire, j'essaie de m'emparer de ce qu'on me raconte(...) Au cinéma, comme en peinture, la toile se tait. "

La peinture comme le cinéma interroge le réel au travers de la représentation. Plus on se concentre sur le sujet et plus le réel se dérobe et tout le travail du cinéaste ou du peintre apparaît. De cette contradiction nait la sensation de ne pouvoir représenter la réalité sinon en morceaux. Le but du réalisateur comme du peintre reste d'atteindre ce moment où il n'est plus possible de tenir une position, pour parler avec des mots de stratège, mais de maintenir son oeuvre dans un état de conflit orageux, contre le sens, contre le visible.

09 juillet 2006

Dimanche première séance.

Meurtrires_2A lire pour vous inciter à découvrir ce duo de comédiennes incandescentes rappelant celui de La vie rêvée des anges. Bon film !

Mon fil video...

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