" Savoureux de toi ".
J'ai découvert aujourd'hui avec enthousiasme une exposition originale et intéressante "A mort l'infini" à l'Espace 315 du Centre Pompidou. Lauréat du Prix Marcel Duchamp, Philippe Mayaux fabrique des images, des sculptures et des machines à voir apparemment séduisantes mais toutes aussi menaçantes, se prêtant au jeu des trucages. Son approche de l'art, qui semblerait immédiate étant donné l'impact visuel de ses tableaux aux couleurs souvent criardes, puisant dans la mécanique sexuelle, est un éloge du motif pictural, entre Duchamp et Picabia. Ses peintures peuvent faire penser à Magritte, par le jeu des associations énigmatiques qui sont mises en scène. Car il s’agit beaucoup de peinture, de sa persistance actuelle, de sa force critique, de son économie conceptuelle, enfin de la manière directe dont elle établit encore une relation artistique avec le monde.
Dans un texte récent du Journal des arts intitulé "Elle bouge encore. Pourquoi n’en finit-on jamais avec la peinture?", l'artiste souligne la spécificité de la peinture, la distance que l’on peut prendre avec elle aujourd’hui, et l’autonomie qu’elle procure. Alors que Duchamp se demandait si un tableau non peint n’était pas déjà un ready-made, Mayaux, qui constate qu’une peinture est un objet très reconnaissable,
se demande à son tour si la peinture ne serait pas une sorte de "ready-art" car, commente-t-il, "quand on fait de la peinture, on est déjà dans l’art, on n’a rien à justifier".
Tout chez Philippe Mayaux traduit une obsession. Tout est décor kitsch et souvent indécent, grotesque, poétique et trivial, mystérieux et de mauvais goût, joli et inquiétant. Il dit à ce propos: "Je travaille sur le mauvais goût pour exprimer mon indisciplinée liberté quant à ce qui doit être beau. La seule fonction de l'oeuvre est d'être vue, pas de plaire. La modernité a inventé une sorte de beauté poétique. C'est dans la beauté déviante, frêle et malade, que l'on trouve aujourd'hui la plus belle poésie."
Vous pouvez voir cette exposition jusqu'au 13 août 2007.






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