Tue moi mais ne me préviens pas.
Le centre Pompidou vient d'ouvrir au public les nouvelles salles réservées à l'art contemporain. Les touristes affluent, les classes d'enfants aussi. Je les vois regarder les oeuvres avec les mêmes yeux que les miens quand je me mets à la peinture. Face et dos au monde suivant la nécessité. Je redécouvre la série des Meurtres de Jacques Monory, peintures composées d'huile et de miroir éclaté par des impacts de balles. Il ne cesse de mettre en place les scènes de brèves histoires qu'il appelle des scénarios thrillerés. La représentation a volé en éclats mais il revisite la figuration par la narration.
La mort est nécessaire en un monde aseptisé, mais il ne l’a toutefois jamais directement exhibée. Son processus de re-présentation demeure toujours allusif ou au moins hautement symbolique car Monory n’a jamais cherché à récupérer la violence inhérente au monde qu’il connaît et dans lequel il baigne. Le peintre sait que la démocratie médiatisée est sans doute une forme décadente de la démocratie.
Son œuvre nous rappelle ainsi que si quelque chose en l’être préfère le désert, aspire à la nudité, à s’enfoncer dans la nuit d’une solitude qui ne serait qu’à lui, il convient aussi de s’en sortir pour nous habiter et habiter le monde que l’artiste creuse.






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