Métamorphoses vivantes.
Représenté par la galerie Yvon Lambert depuis 1983, Miquel Barceló présente un ensemble important de grandes natures mortes et de sculptures aux formes zoomorphiques. Son art présente de véritables « tableaux vivants d’une forme de vie ». La métamorphose occupe une place centrale dans les œuvres de ce voyageur : métamorphose de la pensée et de l’esprit au contact de toutes les cultures mais aussi métamorphose de la matière à travers ses interventions sur les toiles, poteries, aquarelles, sculptures et céramiques.
Cette intervention s’inscrit dans la continuité de son travail avec le chorégraphe Josej Nadj dans l’église des Célestins durant le festival d’Avignon 2006. La scène est faite d’un mur d’argile rouge et à travers ce dispositif, le peintre accueille le chorégraphe pour qu’il «entre dans le tableau». Derrière ce mur, nos deux hommes en costume noir commencent à frapper et, petit à petit jouent à se transformer. Paso doble est une performance d'une heure, une double exploration des gestes et de la matière où les deux pétrisseurs se sont transformés en soldats de boue. Peindre et danser ne sont pas identiques, seulement comparables, le corps rejoignant la pensée par le geste.
Nous sommes cependant les premiers habitants d'un monde à naître car l'art doit être quelque chose comme ça, une expérience concrète qui mèle sans hiérarchie les entrailles et la cervelle, l'émotion et la pensée. Au mois de mars 2006 se tenait le spectacle de danse Body Remix/Variations Goldberg de la chorégraphe Marie Chouinard au Théâtre de la Ville. Le Monde titrait son article par Une danse déchiquetée pour des corps hérissés de béquilles et analysait " Marie Chouinard se lance à l'assaut d'un nouveau corps qui redéfinit ses limites, s'invente d'autres lois gestuelles et s'amuse au passage de se voir si bancal, si dejeté, en son miroir ". Je ne peux m'empêcher d'observer des correspondances avec mon travail pictural et si je devais collaborer à un spectacle de danse, ce serait avec cette chorégraphe remarquable et inventive.




Relooking
Au Palais de Tokyo se déploie sous nos yeux l'exposition
œuvre». Bâtisseur d’univers aléatoires et fragiles, Michel Blazy aime manipuler les matières, tenter d’en contrôler disparition et transformation ou, bien au contraire, en être entièrement dépendant. Toutes ces énergies fébriles du vivant sont revendiquées par l’artiste comme autant d’opérations essentielles à l’élaboration de l’œuvre. Le vivant ne se conçoit pas sans de multiples énergies mortifères, métamorphoses et nombreuses étrangetés. Les œuvres de l’artiste intègrent cette complexité qui se déploie avec toutes ses ambiguïtés, son caractère parfois inquiétant, voire repoussant et nous contemplons la décrépitude de tout organisme vivant. Au contraire d'un lieu de monstration figé, le site est conçu comme un laboratoire dans lequel, tout au long du processus, Michel Blazy et ses assistantes interviendront pour organiser au mieux l'apparition et le cours de micro-événements.
Le centre Pompidou vient d'ouvrir au public les nouvelles salles réservées à l'art contemporain. Les touristes affluent, les classes d'enfants aussi. Je les vois regarder les oeuvres avec les mêmes yeux que les miens quand je me mets à la peinture. Face et dos au monde suivant la nécessité. Je redécouvre la série des Meurtres de Jacques Monory, peintures composées d'huile et de miroir éclaté par des impacts de balles. Il ne cesse de mettre en place les scènes de brèves histoires qu'il appelle des scénarios thrillerés. La représentation a volé en éclats mais il revisite la figuration par la narration.

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