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02 mars 2007

" Le plaisir d'être idiots ensemble ".

Le compte rendu de la cérémonie des César aura au moins eu le mérite de me faire connaître le film absolument magnifique de Pacale Ferran, Lady Chatterley. Je laisse donc la parole à la réalisatrice car devant une oeuvre aussi accomplie, mieux vaut se taire, regarder et tout absorber. J'ai tiré 3 citations d'une interview qui résument bien la thématique du film:
" De l'amour comme possibilité d'accès à une vérité intime. Comment, à partir de l'attraction de Harveykeiteldeux corps que tout oppose, un processus peut se mettre en place. Et comment ce processus d'amour ne fait qu'un avec l'apprentissage d'une langue commune, l'invention d'une forme de confiance, l'acceptation d'un abandon à l'autre ". La création d’une intimité ne peut se faire qu’en dehors de la société car le désir est ici une force de renversement qui réunit deux êtres diamétralement opposés. On ne peut s'empêcher de penser également à La leçon de piano de Jane Campion mettant en scène respectivement des femmes de conditions supérieures accédant au désir face à un corps archaïque, terrien qui raconte un rapport premier à la matière.
Lady_chatterley" Enfin, davantage encore que dans la dernière version, est littéralement envahi par la végétation. Et le règne végétal n'intervient pas seulement ici comme métaphore de l'élan vital qui fait se rejoindre les deux protagonistes, mais il les accompagne sans cesse dans leur transformation. C'est cela pour moi la grande beauté de Lady Chatterley et l'homme des bois: le récit d'un amour qui ne fait qu'un avec l'expérience concrète de la transformation ".
Pascale Ferran parle de la scène au cours de laquelle les deux amants décorent leurs corps de fleurs : "Moi, quand je la lis, je la trouve sublime. Je pourrais me damner pour la filmer. Des corps et des fleurs. J'ai l'impression que l'intégralité de mes enjeux intimes d'adapter le livre sont réunis là (...) Il y a la situation d'abord : comment, à un moment précis, former un couple, c'est aussi le plaisir d'être idiots ensemble. Et puis il y a la question de l'inversion entre le fond et la figure. La façon dont les corps des personnages deviennent le paysage et les fleurs, la figure. C'est aussi le moment où Constance, après avoir abandonné la passivité sur le terrain sexuel, accepte de nouveau, mais de façon active cette fois-ci, d'être passive entre les mains de Parkin. Jusque-là, on peut parfois avoir l'impression que c'est elle qui invente l'homme de ses désirs et, à ce moment-là précis, c'est lui qui l'invente elle. En la modelant. Comme une sculpture ou un tableau. Voilà, c'est deux corps, une caméra, quelques fleurs, et la cristallisation de tout un film."

Chef d'oeuvre à consommer sans modération.

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