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31 mars 2007

" Vous avez touché à la hache "

En matinée, Touchez pas la hache de Rivette et en soirée Nip/Tuck ou comment faire le grand écart entre le texte comme non-action et la "surenchair" du verbe !
D'un côté, le film de Rivette, qui regarde les protagonistes se maudire, a quelque chose de glacial. Il les bat froid avec cette qualité métallique qui rend sa mise en scène à la fois impressionnante et sèche, par détachement conscient. Une armure que viennent braver, jusqu'à perforation, deux acteurs têtes brûlées. A l'amour comme à la guerre. La femme devenue guerre.
De l'autre, Catherine Deneuve, qui surgit dans la série déjantée, souhaite se faire injecter les cendres de son défunt mari dans ses implants mammaires car « Victor posait sa tête sur ma poitrine avant de s'endormir et je voudrais qu'il repose là où il le souhaitait », dit-elle en tirant sur sa cigarette avec un aplomb très frenchy. Drôle, irrévérencieux, cru et salutaire.

GarousteAu fond, ce qui est intéressant, c'est d'essayer de se débarrasser du sens car j'ai toujours l'impression que le langage trahit la perception, le sentiment. C'est le corps qui décide de ce qui va se passer et non l'idée qu'on se fait du sens du mot.
Peut-être sommes-nous trop occupés à régler nos névroses par le verbe ?

23 mars 2007

Internet quand tu nous tiens !

Depuis le 5 mars dernier, la blogosphère américaine ne parle que de ce clip humoristique visionné plus de 2.400.000 fois et qui compare la sénatrice de New York au Big Brother de George Orwell. On y découvre la candidate démocrate à la Maison-Blanche sur un écran géant en train d’expliquer à une foule d’hommes à l’air lobotomisé sa volonté de «converser avec l’Amérique». Jusqu’à ce qu’une athlète lance un marteau dans l’écran et fasse disparaître l’image de l’ancienne First Lady. Une référence directe à la publicité légendaire d’Apple réalisé par Ridley Scott pour Macintosh et diffusé pendant le Superbowl de 1984. Un texte défile alors sur l’écran : «Le 14 janvier prochain, commencera la primaire démocrate. Et vous verrez pourquoi 2008 ne sera pas comme ‘1984' ». Avant qu’apparaisse le logo du site d’un autre prétendant démocrate à la Maison-Blanche, BarackObama.com. Problème : le sénateur de l'Illinois lui-même a rapidement fait savoir que son équipe n’avait rien à voir avec la conception de cette fausse pub. Aujourd'hui un homme de 33 ans a tout avoué sur le site Internet HuffingtonPost.com : «C’est vrai… c’est moi». Philipp de Velis raconte avoir réalisé le montage en une après-midi sur son Mac à l’aide quelques logiciels gratuits. Malgré que de Velis ait agi seul, il ne cache pas son jeu : «Je soutiens Barack Obama et j’espère qu’il remportera la primaire». Dans un cas comme dans l’autre, Internet s’invite déjà dans les primaires démocrates. Et Philipp de Velis prévient : «Je pense que les citoyens ordinaires peuvent modifier la donne politique. Le jeu a changé».
Internet est bien devenu le 5ème pouvoir et c'est tant mieux. Fabuleux contre-poids qui vient s'imposer au carrefour de nos civilisations et qui permet aux citoyens de se rencontrer, de communiquer, d'exister en un chaos virtuel ultra vivant.
Une question s'impose: dans quelle mesure internet peut-il peser dans la donne artistique ?

Lynch3 PS:...pas si virtuel quand même puisque les membres de la blogosphère VOX vont se rencontrer pour la première fois samedi 31 mars. Je vous raconterai. Pourvu que ça dure !

16 mars 2007

Avec Angel, il faut aimer la guimauve en plus de la soupe.

Guimauve_3Déception sans passion, c'est dire comme je regrette d'avoir été voir Angel de François Ozon sans le moindre intérêt à la fois dans la forme et dans le fond. Il est pourtant bien question de cela lorsqu'on porte son regard sur une oeuvre d'art. L'Humanité écrit " ceux qui sentiront là de la naphtaline n'auront pas compris que réaliser, c'est encore et toujours interroger la forme ": au-delà  de cette manière ringarde de donner des leçons, c'est étrange ! et le fond alors ? Les deux sont pourtant intimement liés...Un tableau dont on dirait cette phrase serait taxé de décoratif, je vous laisse en déduire ce qui s'impose. Le Parisien ose même une comparaison avec Autant en emporte le vent; l'héroïne de ce dernier film était d'une fermeté implaccable là où Angel est d'une mièvrerie agaçante. Démonstration tarte à la crème, vérité d'évidence, ni empathie, ni rejet vis-à-vis d'Angel, juste une distance indifférente et trop d'assurance dans la mise en scène qui survole sans jamais creuser l'essentiel. Harlequin au cinéma, même l'argument du second degré ne tient pas. On sort encore plus vide, affamé, souffrant toujours plus d'un déficit d'émotions et d'authenticité, réalité tronquée d'un film creux tourné en sur régime. Angel, monstre avalé par la voracité de son fantasme autiste, aurait mérité en premier lieu le traitement aiguisé du fond au détriment d'une forme mièvre.

2H14 à éviter pour ne pas gaspiller son temps.

09 mars 2007

La capacité à être un monde à part.

Lynch1David Lynch est ordinairement célébré pour ses films déroutants et énigmatiques, qui cassent souvent les codes de la narration tout en instaurant un univers sombre, voire cauchemardesque, et pourtant en quête de plénitude. L'exposition The air is on fire (" L'air est en feu ") à la Fondation Cartier nous invite à découvrir Lynch en artiste total: photographe, peintre, dessinateur, auteur, acteur de films d'animation, de décors, musicien et designers de sons.
Son oeuvre est davantage marquée par le rêve et la névrose que par une quelconque logique ou réflexion. Un rêveur en plein jour qui fair surgir dans son esprit ces images qui le poussent à créer: brèches ouvertes sur la réalité, visions d'un monde en proie à la névrose, à la menace. Elles font de lui un artiste à part, indifférent aux problématiques contemporaines, obsédé par sa particulière exploration de l'univers. David Lynch a développé ce regard qui fit de lui un artiste: un homme capable de regarder sous la surface du monde.
Sa force est de ne rien expliquer, de ne ressembler à rien d'autre: c'est sans doute ce qui caractérise toute sa production, cinématographique comme plastique. S'écarter des chemins de la mode et obliger chacun à lire ses oeuvres en les reliant aux méandres de son propre inconscient. C'est sans doute cette position d'étranger qui répond le mieux à la vérité de David Lynch.Lynch2  

02 mars 2007

" Le plaisir d'être idiots ensemble ".

Le compte rendu de la cérémonie des César aura au moins eu le mérite de me faire connaître le film absolument magnifique de Pacale Ferran, Lady Chatterley. Je laisse donc la parole à la réalisatrice car devant une oeuvre aussi accomplie, mieux vaut se taire, regarder et tout absorber. J'ai tiré 3 citations d'une interview qui résument bien la thématique du film:
" De l'amour comme possibilité d'accès à une vérité intime. Comment, à partir de l'attraction de Harveykeiteldeux corps que tout oppose, un processus peut se mettre en place. Et comment ce processus d'amour ne fait qu'un avec l'apprentissage d'une langue commune, l'invention d'une forme de confiance, l'acceptation d'un abandon à l'autre ". La création d’une intimité ne peut se faire qu’en dehors de la société car le désir est ici une force de renversement qui réunit deux êtres diamétralement opposés. On ne peut s'empêcher de penser également à La leçon de piano de Jane Campion mettant en scène respectivement des femmes de conditions supérieures accédant au désir face à un corps archaïque, terrien qui raconte un rapport premier à la matière.
Lady_chatterley" Enfin, davantage encore que dans la dernière version, est littéralement envahi par la végétation. Et le règne végétal n'intervient pas seulement ici comme métaphore de l'élan vital qui fait se rejoindre les deux protagonistes, mais il les accompagne sans cesse dans leur transformation. C'est cela pour moi la grande beauté de Lady Chatterley et l'homme des bois: le récit d'un amour qui ne fait qu'un avec l'expérience concrète de la transformation ".
Pascale Ferran parle de la scène au cours de laquelle les deux amants décorent leurs corps de fleurs : "Moi, quand je la lis, je la trouve sublime. Je pourrais me damner pour la filmer. Des corps et des fleurs. J'ai l'impression que l'intégralité de mes enjeux intimes d'adapter le livre sont réunis là (...) Il y a la situation d'abord : comment, à un moment précis, former un couple, c'est aussi le plaisir d'être idiots ensemble. Et puis il y a la question de l'inversion entre le fond et la figure. La façon dont les corps des personnages deviennent le paysage et les fleurs, la figure. C'est aussi le moment où Constance, après avoir abandonné la passivité sur le terrain sexuel, accepte de nouveau, mais de façon active cette fois-ci, d'être passive entre les mains de Parkin. Jusque-là, on peut parfois avoir l'impression que c'est elle qui invente l'homme de ses désirs et, à ce moment-là précis, c'est lui qui l'invente elle. En la modelant. Comme une sculpture ou un tableau. Voilà, c'est deux corps, une caméra, quelques fleurs, et la cristallisation de tout un film."

Chef d'oeuvre à consommer sans modération.

Mon fil video...

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