Le zoom de Courbet.
Je me rends compte que j'ai appelé mon blog L'origine du monde sans même avoir justifié ce choix et accordé un post à ce tableau incroyable peint en 1866 par Gustave Courbet. Tableau ovni à la fois surprenant et dérangeant de par son cadrage et sa facture franchement anatomique, il conjugue à merveille mes éléments fétiches.
Me voilà donc partie au Musée d'Orsay affronter ce petit tableau de 46 cm de hauteur sur 55 cm de largeur. Où sont donc passés les pieds, les jambes, les cuisses, le ventre, les hanches, la poitrine, les mains, les bras, le cou et la tête ? Inconcevable oubli ou amputation volontaire ? Figure innommable par ce que le cadrage rejette hors champ ou traitement du sexe comme un portrait ? Dire la peinture en dehors de toute autre considération, très certainement. " Je pense comme une fille enlève sa robe " écrivait Bataille. Séparer, renverser, montrer le dessous des choses: vocation de la peinture.
En regardant ce tableau, je ne peux m'empêcher de penser aux films de Jane Campion qui s'ouvrent tous sur un détail en gros plan. La Leçon de piano s'ouvrait sur un écran sanguin obstrué par les mains translucides d'une sourde et muette inquiète de regarder le monde; doigt que l'héroïne perdra d'ailleurs, témoin d'une mue obligée et violente pour renaître. Jane Campion construit toutes ses images de cinéma comme des peintures; les couleurs, les matières, le cadrage et la composition sont étudiées avec le regard d'un peintre.
" D'instinct je sus que, pour l'écrivain que j'étais, c'était cela que je devais chercher. Désormais, il faudrait que je trouve le détail qui dit quelque chose sur les gens que je décrivais, que ce soit pour un article de journal sur un meurtre ou dans un roman sur un enquêteur. Je devais consacrer ma vie d'écrivain à traquer le détail qui révèle. " Dans l'avant propos de son dernier livre Chroniques du crime, Michael Connelly pointe ici le doigt sur l'essentiel de son travail d'écrivain en dehors de toute prétention littéraire. Comment un détail peut parler du reste ? N'appelle-t-on pas indice, un élément sorti de son contexte mais portant intrinsèquement la vérité sur le reste, invisible et en suspend ? Détail, clé du mystère qui par soustraction nous ouvre les yeux au dessous des choses.






Bonjour, j'ai découvert votre site par l'intermédiaire du site un blog par jour.
En lisant votre dernier billet, j'ai pensé à une polémique qui fut déclenchée dans ma ville nice l'automne dernier à propos du tableau de courbet. Voici les faits:
Un sexe féminin fait scandale à la vitrine d'une galerie de Nice
NICE (Reuters) - Après plusieurs plaintes auprès de la police, deux galeristes niçoises ont été sommées sous peine d'amende et de fermeture de retirer de leur vitrine un nu inspiré de "L'origine du monde", l'oeuvre de Gustave Courbet.
"En cinq minutes d'exposition à peine, cette toile qui n'a pas d'autre prétention que d'être un hommage à Courbet a déclenché une véritable tempête", a déclaré Brigitte Helenbeck l'une des deux directrices de la galerie.
Quelques instants seulement après l'accrochage dimanche de la toile hyper-réaliste de deux mètres sur deux représentant un sexe féminin, deux policiers ont fait irruption dans la galerie ordonnant qu'elle soit décrochée et disposée de telle sorte qu'elle soit invisible de l'extérieur.
Ils ont précisé que la mention "interdit au moins de 18 ans" devait aussi figurer à l'entrée de la galerie.
"Pour nous, ces plaintes, ces dénonciations de passants ou du voisinage ainsi que l'intervention de la police sont une totale régression", a estimé Brigitte Helenbeck.
Le scandale autour du tableau de Gilles Traquini intervient 140 ans après la tempête provoquée par Courbet avec "L'origine du monde", l'un des nus les plus célèbres de la peinture française.
"On peut aimer l'art mais refuser cet outrage", a jugé une habitante du quartier, "il y a des enfants qui passent par là, il y a une école à proximité de la galerie", a ajouté une autre.
Soucieuse d'apaisement, la galerie a pris ses dispositions pour que la toile ne soit plus visible de la rue.
Rédigé par: mohamed | le 20 janvier 2007 à 14:19