" La fatigue d'être soi ".
Objectif: galeries d'art contemporain. Destination: rue Vieille du temple. Je reviens un peu
bredouille mais je me rattrape en découvrant sur le site de la galerie d'Yvon Lambert les dernières oeuvres de Richard Jackson, sortes d'installations protéiformes. Je n'ai pas plus d'informations mais je fais immédiatement un parallèle avec une question centrale de l'art contemporain: quel est donc ce curieux rapport entre dépression et création ? Pour tenter d'y répondre, je vous livre ici quelques extraits du livre de Catherine Grenier, conservatrice en chef au Musée National d'Art moderne, dans son ouvrage Dépression et subversion.
" L'idée du lien entre dépression et création est née de ma fréquentation des oeuvres contemporaines et
des nombreuses relations que j'ai entretenues ces dernières années avec les artistes. Beaucoup d'artistes représentent un monde déprimé ou mettent en scène un état dépressif. On peut citer Maurizio Cattelan et son cheval empaillé lamentablement suspendu dans le vide ou Damien Hirst et ses animaux immergés dans le formol. J'entends le terme dépression au sens commun du terme, ce que le sociologue Alain Ehrenberg appelle " la fatigue d'être soi ". Selon les spécialistes, c'est la maladie du XXème siècle, provoquée par les bouleversements
du monde moderne, pourtant censé conduire au progrès et au bonheur. Mais les injonctions de beauté et d'efficacité qui lui sont rattachées agressent l'homme, tandis que la défaite des utopies et la crise morale qui affectent l'ensemble de la civilisation occidentale remettent en question cette pensée progressiste. Cependant la dépression n'entraîne pas uniquement des réactions négatives; elle peut aussi être matière à création. Et, si elle conduit au pathos, elle peut aussi virer au grotesque et au comique(...) Pour nos contemporains, elle traduit une résistance à la demande qui leur est faite de "réenchanter" le monde. Tout au long du XXème siècle, on a refusé cette lecture psychologique de l'art, au profit d'une interprétation formaliste. Je pense qu'il y a là un vaste territoire qui reste à
explorer. "
Bon voyage et bonne exposition à celles et ceux qui auront l'opportunité d'aller découvrir les dernières oeuvres de Richard Jackson chez Yvon Lambert à New York du 24 février au 22 mars 2007 !




Je me rends compte que j'ai appelé mon blog L'origine du monde sans même avoir justifié ce choix et accordé un post à ce tableau incroyable peint en 1866 par Gustave Courbet. Tableau ovni à la fois surprenant et dérangeant de par son cadrage et sa facture franchement anatomique, il conjugue à merveille mes éléments fétiches. 
Un post très court pour vous faire découvrir le blog culturel de Marseille hébergé par Vox (plateforme de blog créée par Typepad)
On a tous pu voir au hasard d'un couloir de métro cette grande affiche présentant un homme mi allongé nous fixant comme pour nous interpeller. Le musée Maillol présente en ce moment la première rétrospective de Ra'anan Lévy, peintre figuratif né à Jérusalem en 1954 s'inscrivant dans la lignée de Lucian Freud, Balthus et Edward Hopper. Pièces vides, autoportraits, détails de corps, pigments, lavabos et plaques d'égout sont les thèmes de prédilection du peintre. Ces éléments ne sont pas représentés en tant que sujets mais prétextes pour représenter les traces que l'homme laisse sur son passage et à la surface des choses.
Ici les lavabos et les bouches d'égout sont de mystérieux orifices où disparaissent les débris qu'on laisse de soi-même, là en visitant des appartements vides, il transforme les parois des murs en surface organique, ou encore tente le portait de la peinture en scrutant les amas ou pots de pigments.
ce renversement agit comme si le sujet avait été libéré de l'attraction qui le relie au monde visible, de la même manière qu'un objet propulsé dans l'espace flotte pour toujours dans le vide cosmique. Le vide dont l'oeuvre de Baselitz s'est entouré est probablement ce qui fait instinctivement horreur, bien plus que sa manière expressionniste. En matière de critique d'art, les mots et les idées toutes faites permettent d'éloigner le désagrément d'une réalité picturale que l'esprit pressent devoir mal accepter, en l'occurrence qu'un tableau ne tienne que par ce qui le constitue, sans référence à une idée historique, critique ou autre. " 

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