Je viens de découvrir une nouvelle série américaine DEXTER dont le scénario propose un héros, légiste, analyseur de tâches de sang le jour, et serial killer la nuit ( petit détail à préciser: ce tueur n'élimine que des criminels et non des innocents afin de préserver la morale.)
Certaines images de cette série sont saisissantes et font étrangement échos à mon travail pictural.
Je me permets de vous en montrer quelques unes. La question du morbide ne se pose pas pour moi car ma démarche résulte d'une volonté farouche de me distancier du corps purement émotionnel et de le penser autrement. Le morceau de corps le permet et quand je regarde ces images, c'est assez étrange car c'est à la fois fascinant et apaisant. Je m'explique...fascinant car lorsqu'on regarde un morceau de corps, le reste du corps se reforme dans notre cerveau et de ce fait, il y a une sensation de malaise car on se sent soi-même découpé, et une autre apaisante et de dépassement car, à travers le morceau, on vit son corps et par extension l'humain d'une autre façon. Le morceau représente à cet effet une " représentation
cérébrale " de l'humain car il se situe au juste milieu entre le vivant et le mort. Dans un des épisodes de cette série, la déconstruction de l'humain est poussée à son paroxysme car les corps sont totalement vidés de leur sang. Peut-être est-ce une nouvelle manière de " manipuler " l'humain et notre société avance en ce sens en customisant et objectivant le corps humain. C'est sans doute moins choquant dans la vie quotidienne que lorsque cela est mis en scène aussi crûment que dans certaines fictions. Il y a un glissement de la croyance vers la science, la technique, l'observation et la preuve. Cela permet d'avoir un autre regard sur le corps aujourd'hui. D'ailleurs on peut identifier une personne à partir d'un morceau de corps, les dents, les doigts, les organes internes, les os; on
analyse absolument tous les organes car chaque organe est une histoire à part entière. Plus la science avance, plus on morcelle le corps pour en tirer une vérité partielle ou absolue. Donc de l'information sort du chaos, le morceau de corps reste vivant, nous renseigne sur le vivant.
Je vois ou je sens des choses que je ne verrais pas lorsque je regarde ces images saisissantes de
mise en scène, de théatralité, de nature " morte " associant des objets et des morceaux de corps. Le contraste est saisissant entre l'objet mort, le figé et le vivant, le sujet humain; l'image la plus choquante étant celle qui associe le ludique de la chaussure et du ballon de foot et le morbide du morceau de corps. Les morceaux de corps sont d'ailleurs entre le vivant et le mort. La question du morbide ne se pose donc pas en tant que telle car il n'agit pas sur le cerveau comme un corps entier, un morceau de corps se perçoit en qualité d'objet et non de sujet découpé. Et c'est ce décalage, ce télescopage qui est intéressant même si l'on peut juger ces images inacceptables.
Un lieu, des objets, un morceau de corps, ce qui reste de soi, le souvenir, comment évoquer un souvenir plutôt que raconter une histoire ? De la peinture en devenir.
Picasso ne disait-il pas " Il faut réveiller les gens. Bouleverser leur façon d'identifier les choses. Il faudrait créer des images inacceptables. Que les gens écument. Les forcer à comprendre qu'ils vivent dans un drôle de monde. Un monde pas rassurant. Un monde pas comme ils croient. "
Bonne lecture !
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